AEROPORT : L’ASSOURDISSANT SILENCE DU MAGISTRAT

Le 6 décembre 2018, un excellent papier d’Eric Lecoultre, dans Le Courrier, faisait état de soupçons de copinage à l’aéroport (AIG). On pouvait y lire que « Securitas et une de ses filiales ont remporté deux marchés alors qu’elles étaient plus chères que la concurrence. Quel rôle a joué le chef de la sûreté de l’aéroport, élu PLR ? ». Dans ce même article on apprenait que cet homme, Ruben Jimenez, « a participé en 2016 à l’attribution d’une concession à la société émiratie Dnata, mandat qui attire tous les regards dans le cadre de l’affaire du voyage de Pierre Maudet à Abu Dhabi ».

Le 19 janvier 2019, dans la Tribune de Genève, le directeur de l’AIG écartait toutefois tout risque de copinage lié à Securitas. En clair : circulez, il n’y a rien à voir. Sauf qu’aujourd’hui, suite à une enquête de la Cour des comptes et une intervention du Ministère public, le chef de la sureté est incarcéré à la prison de Champ-Dollon pour de sérieux soupçons de corruption.

Dans le même papier du Courrier, on pouvait également lire que « de nombreuses personnes interrogées dans le cadre de cette enquête ont relevé la proximité de Pierre Maudet avec la société Securitas. Une rumeur persistante voudrait que le conseiller d’Etat et le directeur régional de Securitas, Francis Meyer, se soient rencontrés via leurs activités militaires. De son côté, Pierre Maudet dément catégoriquement toute relation proche avec Francis Meyer. « Ça m’est arrivé de le croiser et de lui parler, mais plus depuis longtemps. On ne se tutoie pas », précise-t-il. Et le magistrat de rappeler qu’il ne siégeait plus au conseil d’administration de l’aéroport depuis 2015 et que, de fait, il ne serait jamais intervenu dans les procédures d’adjudication de marchés publics. »

Le conseiller d’Etat affirmait donc ne pas se mêler de ces affaires depuis qu’il n’est plus président du Conseil d’administration de l’aéroport. Mais voilà. Alerté le 4 mars 2016 par le parti socialiste qui s’inquiète de l’attribution de ces concessions contacte le magistrat de tutelle, ce dernier répond six jours plus tard en rappelant d’abord qu’il n’est plus membre du Conseil d’administration de l’AIG tout en précisant que les processus sont « transparents et pondérés ».

Rebelote le 18 mars 2018, après avoir reçu, à sa demande, un PV confidentiel de la 191e séance du conseil de direction de l’aéroport, Pierre Maudet écrit à Alberto Velasco, l’un des administrateurs de l’AIG, pour lui remonter les bretelles et lui demander de se récuser sur les prochaines attributions. Lors de cette séance, ce dernier avait eu l’outrecuidance de s’interroger sur la concession accordée à Dnata.

Le 29 mai dernier, dans un reportage de la RTS, Fabienne Fischer, ex-administratrice de l’AIG, dénonce les contrôles insuffisants de la direction générale. Mais elle pointe aussi du doigt l'actuelle présidente du conseil d'administration, Corine Moinat, ainsi que l'ancien magistrat de tutelle de l'aéroport, Pierre Maudet. « Au mieux, ils n'ont pas été assez curieux. Parce que les signaux d'alerte ont été nombreux, répétés. Ils doivent vraiment constater qu'ils ont laissé faire un certain nombre de choses sans aller contrôler qu'elles soient faites dans le respect des exigences légales », estime l'avocate genevoise.

Comment croire une seconde que Pierre Maudet n’est pas au courant de ce qu’il se passe à l’aéroport ? Et pourtant, depuis qu’ont éclaté ces affaires à Cointrin, il se mure dans un silence assourdissant.

DTT

 

 

https://lecourrier.ch/2018/12/06/soupcon-de-copinage/

https://lecourrier.ch/2019/03/25/dautres-mandats-douteux/

https://www.rts.ch/info/regions/geneve/10468115--a-cointrin-les-signaux-d-alerte-ont-ete-nombreux-et-repetes-.html

https://www.tdg.ch/geneve/aeroport-geneve-exclut-conflit-dinteret/story/21106414

 

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