Entre trois yeux

  • RESPONSABLES IRRESPONSABLES

    Face aux attributions tant décriées dont bénéficient diverses sociétés extérieures et dont l’ampleur ne cesse de croitre, les responsables de l’aéroport ont été alertés depuis au moins trois ans. Que ce soit par le biais de certains membres du conseil d’administration, des syndicats ou encore par le parti socialiste, de nombreuses questions ont été posées à Corine Moinat, la présidente du CA et à Pierre Maudet, magistrat de tutelle à l’époque. Affirmer que ces personnes savaient relève de l’euphémisme, mais les réponses apportées aux questions dérangeantes laissent songeur.

    Pour preuve, dans deux courriers datés du 10 mars 2016 pour l’un et du 16 mars pour l’autre, Pierre Maudet affirmait au PS et à un administrateur inquiet que «le processus d’attribution des concessions répond à un processus très rigoureux, calqué sur celui dévolu aux marchés publics et obéissant à des règles européennes qui s’appliquent en Suisse en matière de transport aérien».

    Aujourd’hui, on le voit bien, personne ne peut objectivement dire ou écrire que ces attributions ne sont pas problématiques. Pour le moins. En mai dernier, on apprenait que le chef de la sûreté de l’aéroport et le directeur d’une entreprise de sécurité et de conseil genevoise avaient été interpellés par la police. Ces deux personnes sont prévenues de corruption active, corruption passive et gestion déloyale des intérêts publics. Elles sont actuellement incarcérées à Champ-Dollon. Hier, rebelote, les médias indiquaient que deux autres personnes liées à ces affaires de magouilles avaient été suspendues par la direction de l’aéroport.

    Pendant ce temps, à notre connaissance, ni le magistrat de tutelle, ni la présidente du Conseil d’administration, pas plus que le directeur de l’aéroport, ne semblent inquiétés alors qu’il apparait évident qu’à aucun moment ils n’ont pris leurs responsabilités.

    Ne serait-on pas juste un peu en train de se moquer des Genevoises et des Genevois ?

    DTT

    www.ghi.ch/le-journal/geneve/deux-employes-suspendus-geneve-aeroport

  • AEROPORT : L’ASSOURDISSANT SILENCE DU MAGISTRAT

    Le 6 décembre 2018, un excellent papier d’Eric Lecoultre, dans Le Courrier, faisait état de soupçons de copinage à l’aéroport (AIG). On pouvait y lire que « Securitas et une de ses filiales ont remporté deux marchés alors qu’elles étaient plus chères que la concurrence. Quel rôle a joué le chef de la sûreté de l’aéroport, élu PLR ? ». Dans ce même article on apprenait que cet homme, Ruben Jimenez, « a participé en 2016 à l’attribution d’une concession à la société émiratie Dnata, mandat qui attire tous les regards dans le cadre de l’affaire du voyage de Pierre Maudet à Abu Dhabi ».

    Le 19 janvier 2019, dans la Tribune de Genève, le directeur de l’AIG écartait toutefois tout risque de copinage lié à Securitas. En clair : circulez, il n’y a rien à voir. Sauf qu’aujourd’hui, suite à une enquête de la Cour des comptes et une intervention du Ministère public, le chef de la sureté est incarcéré à la prison de Champ-Dollon pour de sérieux soupçons de corruption.

    Dans le même papier du Courrier, on pouvait également lire que « de nombreuses personnes interrogées dans le cadre de cette enquête ont relevé la proximité de Pierre Maudet avec la société Securitas. Une rumeur persistante voudrait que le conseiller d’Etat et le directeur régional de Securitas, Francis Meyer, se soient rencontrés via leurs activités militaires. De son côté, Pierre Maudet dément catégoriquement toute relation proche avec Francis Meyer. « Ça m’est arrivé de le croiser et de lui parler, mais plus depuis longtemps. On ne se tutoie pas », précise-t-il. Et le magistrat de rappeler qu’il ne siégeait plus au conseil d’administration de l’aéroport depuis 2015 et que, de fait, il ne serait jamais intervenu dans les procédures d’adjudication de marchés publics. »

    Le conseiller d’Etat affirmait donc ne pas se mêler de ces affaires depuis qu’il n’est plus président du Conseil d’administration de l’aéroport. Mais voilà. Alerté le 4 mars 2016 par le parti socialiste qui s’inquiète de l’attribution de ces concessions contacte le magistrat de tutelle, ce dernier répond six jours plus tard en rappelant d’abord qu’il n’est plus membre du Conseil d’administration de l’AIG tout en précisant que les processus sont « transparents et pondérés ».

    Rebelote le 18 mars 2018, après avoir reçu, à sa demande, un PV confidentiel de la 191e séance du conseil de direction de l’aéroport, Pierre Maudet écrit à Alberto Velasco, l’un des administrateurs de l’AIG, pour lui remonter les bretelles et lui demander de se récuser sur les prochaines attributions. Lors de cette séance, ce dernier avait eu l’outrecuidance de s’interroger sur la concession accordée à Dnata.

    Le 29 mai dernier, dans un reportage de la RTS, Fabienne Fischer, ex-administratrice de l’AIG, dénonce les contrôles insuffisants de la direction générale. Mais elle pointe aussi du doigt l'actuelle présidente du conseil d'administration, Corine Moinat, ainsi que l'ancien magistrat de tutelle de l'aéroport, Pierre Maudet. « Au mieux, ils n'ont pas été assez curieux. Parce que les signaux d'alerte ont été nombreux, répétés. Ils doivent vraiment constater qu'ils ont laissé faire un certain nombre de choses sans aller contrôler qu'elles soient faites dans le respect des exigences légales », estime l'avocate genevoise.

    Comment croire une seconde que Pierre Maudet n’est pas au courant de ce qu’il se passe à l’aéroport ? Et pourtant, depuis qu’ont éclaté ces affaires à Cointrin, il se mure dans un silence assourdissant.

    DTT

     

     

    https://lecourrier.ch/2018/12/06/soupcon-de-copinage/

    https://lecourrier.ch/2019/03/25/dautres-mandats-douteux/

    https://www.rts.ch/info/regions/geneve/10468115--a-cointrin-les-signaux-d-alerte-ont-ete-nombreux-et-repetes-.html

    https://www.tdg.ch/geneve/aeroport-geneve-exclut-conflit-dinteret/story/21106414

     

  • AEROPORT: CIRCULEZ IL N’Y A RIEN A VOIR. VRAIMENT?

    Selon la RTS (1), en octobre 2018, «une partie du conseil d’administration de Genève Aéroport a exigé que la concession accordée à Dnata, société émiratie de service au sol au cœur de l'affaire Maudet, soit révoquée».  Au moins quatre représentants politiques du conseil d’administration (UDC, PDC, PS et Verts) s’étaient interrogés sur les conditions d’attributions. Dans ce même article, on apprenait également que «Pierre Maudet et Eric Stauffer, tous deux membres ou ex-membres du conseil d'administration (Pierre Maudet, jusqu’à environ fin 2015, avant d’être suppléé par son ex-chef de cabinet Patrick Baud-Lavigne), auraient exercé des pressions qualifiées d’insoutenables sur certains membres de ce conseil. (…) Pierre Maudet, en personne, aurait également demandé la récusation d'au moins un membre socialiste du conseil d’administration qui avait rencontré à l’époque de l’adjudication une société concurrente de Dnata».

    Au milieu de ces soupçons de copinage, également évoquées par «Le Courrier» en décembre 2018 (2) et mises en lumière aujourd’hui par la Cour des comptes (3), on retrouve Ruben Jimenez, responsable de la division sûreté de l’Aéroport de Genève. Cet ancien conseiller municipal PLR à Bellevue et ex-haut responsable de Securitas, a été arrêté et est prévenu de corruption active, corruption passive et gestion déloyale des intérêts publics. Il est actuellement détenu à Champ-Dollon.

    Or, dans le «20 minutes» (4) de lundi 20 mai, au sujet de Dnata, on apprend par la voix de Jamshid Pouranpir, secrétaire syndical au SSP, que «la commission technique chargée d’édicter les critères de choix et d’évaluer les candidatures était sous les ordres du directeur de la sûreté».

    Plus curieux encore, en septembre 2018, on apprenait sur Radio Lac (5) que Pierre Maudet avait encore tenté de placer un proche de ses amis libanais au conseil d’administration de l’aéroport.

    En janvier dernier dans Le Matin (6), le directeur de l’aéroport excluait tout conflit d’intérêt en rapport avec toutes ces affaires.

    Les responsables de l’aéroport et son ancien magistrat de tutelle ne seraient-ils pas en train de prendre un peu les Genevois pour des abrutis?

     

    Sources: